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HELIOS soleil noir : l’affaire a des suites politiques !

Panne informatique à la DGFiP : le Parlement va enquêter sur le logiciel Hélios

La commission des finances de l’Assemblée nationale lance ce jeudi une mission “flash” pour tirer les leçons de la panne informatique qui a paralysé les services comptables des collectivités et des hôpitaux début février. Au-delà des causes immédiates, les parlementaires entendent interroger la soutenabilité des systèmes informatiques de la DGFiP et l’absence de dispositifs de secours.
Lageat Perroteau/Hans Lucas via AFP.

Après la crise, place au bilan. Une mission d’information “flash” démarre ce 26 février à l’Assemblée nationale, menée par le député socialiste Jacques Oberti, pour faire la lumière sur les dysfonctionnements rencontrés par le logiciel Hélios. L’application informatique de gestion comptable et financière des collectivités locales et des établissements publics locaux a en effet repris pleinement du service le mardi 17 février, après près de deux semaines de panne, empêchant nombre de collectivités de régler leurs factures, verser certaines aides sociales, et faisant craindre une incapacité de verser les salaires des agents. “Les paies des collectivités et des hôpitaux sont versées et les dépenses à enjeux ont été traitées, assure ce jeudi 26 février la direction générale des finances publiques. Les services de la DGFiP sont mobilisés pour rattraper les autres flux de dépenses et de recettes qui sont en instance en raison de cette indisponibilité prolongée”.

Mais l’ampleur de la panne et son caractère historique posent nombre de questions, notamment quant à la résilience au sens large des équipements informatiques et des conséquences potentielles de nouvelles défaillances. Le bureau de la commission des finances de l’Assemble nationale, qui s’est réuni hier matin, a ainsi accepté la proposition de Jacques Oberti de lancer une mission “flash” sur l’épisode Hélios. “Le bureau a estimé opportun de mener une évaluation très rapidement sur le sujet, avec des moyens”, assure le député. Un administrateur a d’ores et déjà été sollicité, que l’équipe du député rencontre aujourd’hui pour définir le déroulé de la mission.

“On ne s’était pas concertés avec Charles de Courson (le député ayant mis la panne au menu d’une séance de questions au gouvernement la semaine dernière, ndlr), mais preuve en est que le sujet a interpellé un certain nombre de parlementaires, ce qui explique sans doute que la commission des finances ait décidé de le prendre au sérieux parmi d’autres”, observe Jacques Oberti.

Ancien président de l’Association des maires et de présidents d’intercommunalités (AMF) de la Haute-Garonne, Jacques Oberti a été alerté par plusieurs de ses anciens collègues et certains agents des finances des collectivités lorsque les dysfonctionnements ont commencé, à partir du 5 février, avant que la DGFiP, comme la Direction régionale des finances publiques (DRFIP) de son département, n’ait encore communiqué sur l’incident et donc sur ce qui empêchait les collectivités de mener à bien leurs activités comptables. Depuis qu’il a alerté le ministre les pouvoirs publics, il est devenu le point d’entrée de nombreuses remontées des problèmes rencontrés dans sa circonscription.

Dans un communiqué publié le 16 février, le député appelait à la création d’une “mission flash” parlementaire pour “agir sans attendre”. “Celle-ci devra permettre d’évaluer rapidement les conséquences de la panne, d’identifier les responsabilités et de formuler des recommandations opérationnelles afin de sécuriser durablement les systèmes informatiques et garantir la continuité du service public financier”, assurait-il. C’est désormais chose faite, la mission se lançant officiellement ce jeudi 26 février.

Interroger la soutenabilité des systèmes au sens large

L’objectif est triple : comprendre, en premier lieu, le déroulé exact des événements et quelles ont été les conditions de cette panne. Mais également en connaître les conséquences : l’incident revêt notamment un enjeu financier majeur, dans la mesure où des pénalités pourraient être appliquées aux vues des impayés générés par la panne. La mission d’information interrogera également le rôle que compte jouer l’État pour “assumer ses responsabilités” sur ce volet.

La troisième ambition de la mission reste d’élargir la focale, en interrogeant la soutenabilité des outils informatiques aujourd’hui utilisés au sein de la DGFiP. Certains représentants syndicaux regrettaient notamment qu’il n’existe pas de “plan B” en de telles circonstances. “Cette crise d’ampleur montre les conséquences concrètes des réductions budgétaires sur notre administration. En effet, la DG n’a jamais voulu, faute de moyens alloués, mettre en place une redondance (un serveur de secours) comme nos camarades des Disi le réclament depuis des années, ce qui aurait permis que cette panne soit transparente pour les usagers tout comme pour les agents”, tançait notamment le syndicat Solidaires finances publiques dans un communiqué publié le 13 février.

“On ne comprend pas pourquoi il n’y a pas de plan de résilience, pour remonter rapidement un système, en cas de cyberattaques qui pourraient arriver par exemple. Est-ce un problème de moyens côté DGFiP ?”, interroge également le député. La mission se demandera notamment si les moyens prévus dans la loi de finances pour 2026 sont suffisants pour éviter qu’un tel épisode ne se reproduise. “Au-delà de la panne qui a été à l’origine du dysfonctionnement d’Hélios, la question en toile de fond est la suivante : est-ce que les équipements de la DGFiP, dont certains sont tout de même très anciens, ne risquent pas de devenir vétustes ?, résume Jacques Oberti. Maintenant que l’on a un pied dans la porte, je souhaiterais profiter de cette mission pour approfondir le sujet”.

Problème de comptes administratifs

D’autant que selon les retours encore récemment remontés au député, des difficultés perdureraient, mettant notamment à mal le bouclage des comptes administratifs des collectivités. “Nous cumulons les dysfonctionnements… et l’application CDG-D (comptes de gestion dématérialisés) ne sera pas rétablie comme annoncé le 23 février, a-t-il notamment été informé par une secrétaire de mairie samedi dernier. Comme de nombreux collègues je suppose, j’ai dû surseoir et reporter le vote du Compte financier unique (CFU) au conseil municipal du 12 mars mais je pense que nous serons dans l’impossibilité de boucler 2025 avec l’équipe actuelle avant les élections…”

Au-delà des règlements de certaines factures qui ont dû être repoussés, la panne d’Hélios pose également un problème en matière de gestion comptable dans le contexte particulier des élections municipales qui arrivent. “Je discutais encore récemment avec un maire qui m’indiquait qu’il programmait le CFU le 11 mars et qu’il croisait les doigts pour que cela soit possible”, partage Jacques Oberti. En effet, sans disposer de l’ensemble des comptes, impossible de disposer des documents finaux indispensables à la convocation du conseil municipal, pour qu’il puisse délibérer avant que ne soit adopté le CFU. Or, nombre de maires souhaitent pouvoir faire état de leur gestion financière avant les élections municipales, en particulier pour démontrer, le cas échéant, le caractère sain de leurs finances, voire un excédent de fonctionnement.

De son côté, la DGFiP assure auprès d’Acteurs publics que l’application CDG-D, qui met à disposition les comptes financiers, comptes financiers uniques et comptes de gestion dématérialisée, a redémarré le mercredi 25 février au matin. “Son indisponibilité était liée au fait que cette application était exploitée sur l’une des plateformes d’exploitation (site logique) d’Hélios. Les travaux de redémarrage se sont révélés plus complexes que prévu, explique la direction. Afin de prévenir tout engorgement dans le traitement des demandes des élus locaux, chaque direction départementale des finances publiques met en place localement, en lien avec la préfecture et les associations départementales des maires, un calendrier de reprise de la campagne de reddition des comptes”.

“Les équipes de la DGFiP se tiendront naturellement à la disposition du Parlement”, complète la direction. Le calendrier de la mission parlementaire, comme la liste des personnes auditionnées, n’a pas encore été tout à fait arrêté, mais compte tenu de la période, “les travaux seront vraisemblablement plus intenses au mois d’avril”, indique Jacques Oberti.

ACTEURS PUBLICS
Par Philippine Ramognino
Publié le 26 février 2026

Article publié le 27 février 2026.


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